samedi, mai 03, 2008

Repose-toi bien, grand-mère

Ma grand-mère est décédée cette nuit pendant son sommeil : c'était cette petite dame que mon grand-père avait figuré entre deux de mes cousins, en compagnie d'une de ses modèles, dans sa dernière série de peintures.

J'avoue que, pour des raisons qu'il serait fastidieux d'expliquer, je n'ai pas tellement l'esprit de famille mais sa présence, sa ténacité et son fichu caractère vont quand même me manquer, même si elle était un peu perdue depuis le décès de son compagnon de toujours.

J'espérais pour elle qu'elle ne souffre pas dans ses derniers instants : ce fut apparemment le cas. J'espère maintenant pour elle qu'elle a rejoint son mari dans ce ciel auquel ils croyaient tous les deux, même si ce n'est pas mon cas : je lui souhaite avec affection le fruit d'une de mes erreurs possibles, les plus nombreuses.

Et puis, nous nous donnerons rendez-vous, tôt ou tard, au hasard d'un souvenir ou d'un songe.

A tôt ou tard.

dimanche, avril 27, 2008

Les fantasques aventures de Miss Bille : le mystère des archivistes disparus.

Miss Bille, enquêtrice de choc, ne pouvait se résigner aux éternels barrages de Madame Courteneau, digne bibliothécaire que la fréquentation des livres avait affublée de cette friabilité propre aux vieux manuscrits : et puis surtout, il lui fallait enfin apprendre la vérité sur cet archiviste mystérieux que personne, de mémoire de lecteur assidu, n'avait vu sortir, entrer ou travailler dans cette bibliothèque. L'énigme s'avérait propre à exciter les neurones toujours en éveil de notre enquêtrice : c'est donc d'une main alerte qu'elle se saisit de sa carte de lectrice, renversant ainsi le joli vase, cadeau d'une périgourdine, qui renversa son contenu sur un vrai tapis d'Occident brodé par des épouses de marins bretons disparus en mer, d'où le nom et le motif de la plage de Locquirec sous la pluie.

Nous résumerons en une ellipse fulgurante le parcours de notre détective afin d'épargner les nerfs déjà bien fragiles de son assureur et de ménager la susceptibilité des divers accidentés de la route ou du trottoir qui se retrouvèrent, ébahis, après une rencontre fortuite qui sur les genoux d'une vieille dame assise sur son banc et tricotant des mitaines, qui en pleurs dans les bras d'un gendarme compatissant et moustachu, qui le nez sur la pédale de frein et le pied gauche passant négligemment par la fenêtre à la suite d'un dérapage mal contrôlé. Nous devons pourtant à l'honnêteté de préciser que le dérapage n'était pas le fait du conducteur, hormis les écarts de langage postérieurs à l'accident, mais bien provoqué par Miss Bille, ce qui reste d'autant plus énigmatique qu'elle se déplaçait à pied.

Son arrivée à la bibliothèque fut, par contre, très discrète et elle profita d'une absence de Madame Courteneau, fascinée par un corps de balais et de plumeaux artistement éparpillés dans le couloir, pour plonger vers cet escalier secret où se trouvait probablement le donjon de l'archiviste, non sans avoir au gré d'une manoeuvre pas vraiment préméditée envoyé valdinguer l'intégrale de Jean D'Ormesson et celle de Fustel de Coulanges reliée en peau de zébu afin d'établir un barrage salvateur entre le monde du silence et des lecteurs et ses propres aventures.
Oserons-nous préciser que Miss Bille, enquêtrice, dévala quatre à quatre les onze marches de l'escalier, ce qui lui permit de rater les trois dernières et de heurter la porte de bois usé du bureau des archives. Assez logiquement, puisque tout est logique dans une enquête, une voix teintée de yiddish l'invita à entrer.

Après un rapide examen de ses multiples contusions, Miss Bille entra : deux hommes lui faisaient face. Le premier avait cet aspect efflanqué et distant des employés de mairie qui ont trop vu de mariages et qui rêvent de leur canapé quand la frimousse timide de la promise ose un oui ouaté tandis que le futur époux recompte sur ses propres doigts pour retrouver ce fichu annulaire ; le second, rondouillard et souriant, affichait des cernes de fatigue, une calvitie bien entamée et semblait porté par sa chemise raide. Autour d'eux des masses de papier même pas relié dévalaient en cascade de leurs bureaux par suite du double effet du courant d'air provoqué par la porte encore entrouverte et de la galanterie qui pousse encore les messieurs à se lever en présence d'une dame, fussent-ils archivistes mystérieux et elle enquêtrice de choc.

On se présenta : Miss Bille, je le rappelle pour ceux qui n'auraient pas suivi ; Jérôme Bartlebille rima l'efflanqué ; Isaac Laquedem dissona le second. Puisque l'on s'était nommé, Miss Bille attaqua et réclama ces ouvrages rares et précieux qu'elle demandait en vain aux étages mais que jamais, au grand jamais, Madame Courteneau n'avait pu lui délivrer à cause de l'archiviste. Elle avoua, ce qui est inopportun pour une enquêtrice mais passons, qu'elle comprenait d'autant moins que là où un seul archiviste, prétendument absent, pouvait venir à manquer, deux bien présents ne pouvaient s'abstenir. Bartlebille soliloqua un énigmatique : "Je préfère ne pas !" tandis que Laquedem soupira, ce qui fit un bruit de vieux gond entre ses dents usées. Il parla d'une voix douce.

Les livres n'existaient pas : c'étaient les lecteurs qui provoquaient la création en les demandant aux comptoirs des bibliothèques et les personnages qui devaient les constituer devaient alors rassembler les mailles et les décors de leurs récits afin de permettre aux lecteurs de rêver d'horizons lointains et de situations dramatiques. A chaque génération, les difficultés s'accumulaient : il fallait enterrer les personnages morts, détruire les décors obsolètes et procrastiner quand un lecteur scrupuleux réclamait telle ou telle oeuvre dont on pouvait pourtant penser que le temps avait effacé jusqu'au souvenir. Bartlebille était chargé de répondre à Madame Courteneau qu'il préférait ne pas chercher le livre demandé, ce qui avait réduit la brave dame, pourtant d'un naturel joyeux lors de son entrée en fonction, assidue aux tisanes arrosées d'anti-dépresseurs mélangés à des calmants, tant la voix de Bartlebille traduisait particulièrement bien son aspect spectral.

Bien sûr, l'essentiel de la littérature moderne fournissait ses propres personnages, en fait les auteurs eux-mêmes, et les décors étaient ceux d'appartements ou de maisons sises dans des villes connues de tous : d'ailleurs, qui s'intéressait encore aux décors ? Laquedem se retrouvait donc à devoir, depuis un certain personnage auquel il n'avait pas cru et pour lequel il n'osait toujours pas se prononcer, rédiger des oeuvres lues pour animer les pages blanches ou effacés des chefs d'oeuvre littéraires. Il devait rappeler les esprits de Sancho et d'Obéron, invoquer les mânes de Renart et de Sinbad, apprivoiser Moby Dick et Bagheera tout en recréant l'Atlantique, les Indes ou le pays gaélique. Et ce travail de titan durait depuis bientôt deux mille ans et sa fatigue s'accroissait de chaque cote reçue, dont les numéros kabbalistiques désignaient toute cette matière imaginaire qu'il faudrait associer, l'état requis pour le papier et même les caractères d'imprimerie qu'il faudrait utiliser. Avec tout ce travail, impossible de classer les archives de la réalité : l'imagination des lecteurs la dépasserait toujours.

Miss Bille, d'une petite voix, osa proposer son assistance aux deux archivistes épuisés et suggéra, pour les soulager d'un soupçon de leur peine, de lancer un jeu d'écriture auprès de ses compagnons virtuels afin que ceux-ci relancent des personnages vaguement inspirés de la réalité en les transformant en de belles illusions qui naviguent sur le réseau des affinités.

Cette solution fut adoptée et entra en vigueur ce 27 avril de l'an de Grâce deux mille et huit.


mardi, avril 08, 2008

Coupure publicitaire

Je déroge à mes habitudes en fournissant une petite page de pub à une table ronde organisée par le tenancier de La lettre aux amis, qui en est un justement. Peut-être que vous pourrez croiser Ubu sur place, puisqu'il hiberne à deux pas de là, que c'est le printemps et que j'essaie de comprendre ce que pourrait être le Web 3.0.

LA LITTERATURE AU PAYS DES ORDINATEURS

Table ronde et promenade virtuelle

Les techniques informatiques et plus récemment l'internet ont modifié en profondeur le rapport de l'écrivain à son public, parfois même à son œuvre. Dans un esprit ludique, plusieurs personnalités, comme Nicolas Ancion et Laurence Vielle, se raconteront à coup de clics, de menus déroulants et de blogs, au cours d'une soirée où l'on surfera en musardant. La soirée sera composée de moments de débat, visionnements de sites internet et de blogs sur grand écran, lectures d'extraits de textes lauréats du Prix interrégional Jeunes Auteurs.

Le Prix Interrégional Jeunes Auteurs a pour vocation d'encourager la création littéraire chez les jeunes de 15 à 20 ans en Suisse romande, en Franche-Comté, en Alsace, en Bourgogne, en Champagne-Ardenne, en Vallée d'Aoste, en Roumanie et en Belgique, en français langue maternelle et en français langue apprise. Il souhaite être un lieu d'échange. Il permet une première confrontation avec le public puisque les textes retenus sont publiés aux Éditions de l'Hèbe. Il offre en outre aux lauréats l'occasion d'une vraie rencontre en les invitant à partager un moment lors de la remise des prix. Ainsi, il espère offrir à ceux que la plume démange un prétexte pour passer à l'acte et aux pages noircies en secret l'occasion de sortir du tiroir. Le PIJA 2007 a réuni 880 textes.


vendredi, avril 04, 2008

La Louvière en fête


La Louvière était donc la ville des mots et, faute de temps disponible, j'ai raté l'événement. Il ne me reste donc qu'à surfer sur le site du centre culturel local où, en vrai carabinier d'Offenbach, j'essaie d'imaginer les activités de l'autre capitale du surréalisme belge.

J'ai trouvé l'une ou l'autre trace de ce que j'ai raté, entre autres les sculptures de Claire Kirkpatrick, qui m'amusent beaucoup : j'aime bien les lycanthropes quand ils marchent à la queue leu leu dans la ville des loups.

Si vous passez par ma petite ville préférée, la ville d'Achille Chavée, n'hésitez pas à vous y attardez : malgré ses apparences sinistres de ville industrielle, elle se montre souvent plus généreuse que ses mesquines voisines, tout campanilisme mis à part.


dimanche, mars 30, 2008

Sexe Machin

N'est-il pas avisé d'évoquer le sexe lorsque l'on écrit des texticules ? Je viens d'achever la lecture d'un petit bouquin d'Edouard Launet, intitulé Sexe Machin, un hommage relatif à James Brown et aux scientifiques qui doivent l'écouter très sérieusement le matin en analysant leur café tout en rédigeant un rapport circonstancié de leurs activités nocturnes.

Etude des stimuli, caractérisations comportementales, erreurs d'aiguillages ou même résonance magnétique d'un accouplement, encore plus fort que la copulation de Vinci (ci-dessus) : les anecdotes abondent et mettent davantage en perspective certains délires scientifiques plutôt que des idées reçues sur le sexe. Il en va ainsi d'une étude sérieuse, forcément, sur la corrélation entre les fluctuations en bourse et la longueur des mini-jupes : j'éviterai de pousser plus loin mes propres commentaires, puisque j'ai tendance à juger, selon ma propre expérience, que les obstacles insidieux se multiplient sur les trottoirs lorsque de jolies jambes se dévoilent enfin après leur hibernation forcée. Je dois avoir l'esprit scientifique.

Plus sérieusement, si j'ose le penser, je viens aussi d'achever un guide publié par Charlie-Hebdo, à la suite de prises de position sur l'amendement Mariani, et intitulé L'ADN expliqué à Sarkozy, moins réjouissant que l'ouvrage d'Edouard Launet : j'avoue que je reste perplexe sur l'utilisation du fichage en matière de criminalité, puisque l'on justifie par l'existence d'une technoscience une pratique culturelle, quitte à en revenir au déterminisme très en vogue au dix-neuvième siècle où phrénologie et physiognomonie étaient censés indiquer le comportement d'un individu. il est toujours intéressant de voir comment la fiction s'inspire de la réalité, comme dans le réalisme et le naturalisme : il est par contre redoutable de voir la réalité reconstruite comme une fiction dans le discours politique ou économique.

Je ne vais pas rappeler la citation de Rabelais à propos de la science : si elle est connue de presque tous, force est de constater qu'elle n'est plus qu'une référence vaguement scolaire. Le monde judiciaire connaissait déjà le danger de l'expertise, sujette aux erreurs et aux interprétations : son extension inconséquente à tous les domaines de notre vie sociale requiert certainement notre vigilance, faute de quoi nous devrions constater notre incapacité à utiliser avec intelligence les outils auxquels notre créativité nous a permis d'accéder.

A quoi servirait-il de détruire les chapelles s'il nous faut toujours construire de nouveaux temples ? Le lecteur avisé comprendra que je préfère les études sur la longueur des mini-jupes : l'absence de nécessité est à la source du plaisir.


jeudi, mars 27, 2008

Ma petite radio ne connaît pas la crise

Je vous ai placé trois nouveaux morceaux dans ma petite radio, juste dans la colonne de droite : je me demande d'ailleurs pourquoi je le précise, à moins que ce ne soit par ce pur plaisir d'imaginer certains d'entre vous cherchant, par esprit de contradiction, une colonne de gauche qui est, précisément, celle que vous êtes en train de lire, à cette réserve près de ceux qui me liraient en faisant le poirier, ce que je déconseille fortement, sauf aux antipodes.

Bref, je vous ai placé deux extraits d'un album d'Ute Lemper, ce qui me permet de vous rappeler que j'aurais, à l'époque, volontiers pratiqué le contre Ute (voir photo), puisque cet album date de plus de vingt ans : les deux chansons, intitulées Mes deux amants et Peur, me restaient en mémoire comme des souvenirs agréables, ce que leur écoute confirme. J'avoue d'ailleurs que malgré les frimas hivernaux de ce début de printemps, le rouge me monte aux joues et que sous la robe dignitaire du professeur se cache... je ne vous raconterai pas, par simple décence. Et puis, je ne vais pas piquer les répliques de Pierre Desproges.

Autre morceau, une reprise du standard Sint James Infirmary par Lou Rawls : un superbe blues que la voix de Chicago amplifie à merveille. Evidemment, les connaisseurs préfèreront sans doute l'original d'Armstrong mais il faut aussi apprécier le jazz dans ses adaptations, puisqu'elles sont sa substance même.

Bonne écoute.


mercredi, mars 26, 2008

Les loges de la bêtise ?

Je m'étais promis de ne plus vous parler de Flaubert. Et puis, en me gratouillant la bedaine sans élégance, certes, mais devant un café brûlant, je n'ai pu m'empêcher de jeter un regard consterné sur un articulet d'un journal numérique à fort tirage : sans doute pour allumer les feux virtuels de nos passions mortes ?

En résumé, un papa horrifié d'un collège catholique huppé a découvert avec horreur que son bambin lisait, à l'instigation de son professeur de français, le roman La nuit des enfants rois de Bernard Lenteric. L'horreur ne résidait pas dans la découverte que son fils fréquentait un collège catholique, ce que je pourrais comprendre pour avoir partagé cette même expérience, mais plutôt dans les scènes de sexe et de viol présentes dans ce roman et dans un autre.

Il se fait que j'ai lu ce roman lors de mon adolescence : je ne l'avais pas aimé, non pas pour les raisons oiseuses du papa catholique ou pour les supposées perversités du roman qu'y trouve un inénarrable psychologue, qui plus est écrivain réputé mais pas de moi, ce qui doit expliquer pas mal de choses. Simplement, ce n'est pas la crudité des scènes violentes qui m'avait choqué, puisque je conçois que décrire la violence n'est pas en faire l'apologue et parce qu'au fond j'aime la littérature à l'estomac : non, j'étais juste agacé par ce style rapide, prétendument à l'américaine alors qu'il y avait tellement mieux chez les Américains, justement ; l'exaspération me guettait lorsqu'une fin heureuse de pacotille mit fin à ce qui ne serait resté qu'un roman noir mineur, agréable mais vite lu. J'ai donc été étonné des bonnes réactions trouvées ici et à son propos.

Ce n'est donc pas un bon roman, selon moi, que je vais défendre contre l'imbécillité coutumière qui tient lieu de réflexion à nos parents contondants, nos psychologues fumistes, nos journalistes en mal de copie à qui je pourrais prêter les miennes à corriger. C'est une liberté, de tout lire d'abord, d'enseigner ensuite, même si je ne connais pas le collègue incriminé.

Lorsque je lis, je ne cherche pas nécessairement ce qui pourrait choquer mes élèves : je voudrais simplement leur proposer des oeuvres qui ne soient pas fades et qui ne ressassent pas, à l'image de ces mauvais romans pour adolescents, les aventures de jeunes gens auxquels ils pourraient s'identifier, mais qui proposent l'évasion et aiguisent leurs sensations. Surtout, je voudrais leur permettre de se construire un goût de lecteur, leur donner envie de défendre jusqu'à la mauvaise foi ce qu'ils ont aimé, leur faire savourer le plaisir de démolir ce qui les a déçus ou ennuyés. Je me vois mal y parvenir avec des oeuvrettes consensuelles, même s'il faut parfois se détendre : en fait, à y bien réfléchir, je voudrais que mes élèves se créent un espace propre à l'évasion, un refuge, une île de saveurs dans ce monde en demi-teinte de notre quotidien. Il est vrai que je ne cède pas à l'irresponsabilité de leur faire lire n'importe quoi, la Bible (Onan, Pépère Noé, Moïse et son fiston, Sodome et Gomorrhe : et dire qu'il y en a qui se repaissent de ce genre de littérature tous les dimanches, quand ce n'est pas au catéchisme...) ou les ouvrages de Freud (dont la majorité se passe aux cabinets : une carrière de proctologue raté ?) ou encore les annales de Lacan, auprès duquel l'almanach Vermot n'est qu'une plaisanterie. Non, je leur fais lire des livres, y compris des livres voués aux gémonies (encore une belle invention !) comme Lajja de Taslima Nasreen ou Lolita de Nabokov, ne fût-ce que parce qu'il est toujours possible de s'arrêter de lire un livre, d'y réagir, contrairement à l'horreur quotidienne de l'actualité. Je leur fais lire aussi des livres parce que le lecteur peut respirer l'insoutenable sans s'y asphyxier. Je leur fais toujours lire des livres parce qu'ils nous imposent des défis.

Mais pourquoi donner cette lecture à de si jeunes enfants ? Il est vrai que la question de la maturité se pose : je ne donnerais pas n'importe quel roman en lecture commune et sans doute pas à n'importe quel âge. Je prends mes responsabilités à cet égard, même si je constate qu'il est impossible d'échapper au risque ; je me souviens de scènes de films choquantes, de l'attrait du carré blanc de mon adolescence ; je me souviens d'avoir regardé, encore enfant, des tragédies shakespeariennes (sous-titrées, qui plus est !) ; je me souviens de jeux d'enfants qui tournaient à la bagarre : je pense y avoir survécu suffisamment pour écrire ce persiflage face à la sinistre bêtise. Sans doute ai-je la chance de ne pas avoir dû refouler ma violence naturelle, qui d'ailleurs ressort quelquefois faire sa petite promenade mais sans séquelles, et d'avoir pu m'assumer. Il est vrai que ce n'est pas l'école qui m'a donné cette chance mais mes parents : ils étaient attentifs à ce que je lisais sans me contraindre autrement.

Il est vrai aussi que je ne suis ni un papa catholique ni un psychologue réputé : je n'ai donc pas d'oeillères dont me parer.