dimanche, février 18, 2007

Taux de reproduction élevé ?


Je n'aime pas les prophètes de la décadence, pour qui tout était forcément mieux auparavant : ils ont la mémoire courte et sélective. Certains en viennent même à renier leurs engagements de jeunesse, comme si la sénilité précoce et les aigreurs d'estomac justifiaient leurs retournements de veste et leur opportunisme de circonstance. Si par hasard, lecteur, vous manquiez d'exemples, référez-vous aux derniers sarkolâtres en vogue : les Bruckner de pacotille et autres Glucksmann ont dérivé sous le vent de leur pensée flatulente, jusqu'à rejoindre, dans une même crique, les Sevran, Doc Gynéco et autres divettes sur le retour. La rupture tranquille nous annoncerait-elle la république des vieillards, ces ressasseurs qui enjolivent leurs exploits de jeunesse parce qu'ils ne peuvent s'empêcher de baver dans leur bouillon de poule, en le transformant en un brouet des préjugés qu'ils ont acquis au fil du temps ?

J'ai mes vieux amis préférés, contre lesquels je n'échangerais aucun de ces mononeuronaux sclérosés qui nous jouent les pythies mais ne m'inspirent qu'une pitié nuancée de quelque dégoût, comme les cons de tous âges. Et ce n'est certainement pas Miss Chabichou qui soulèverait mon très quelconque enthousiasme : elle est de ces dames dont on n'ose supposer l'âge de crainte d'allègrement le doubler, tant leur discours est exaspérant de vacuité.

Bref, après cette diatribe ou cette charge qui m'assurera une digestion confortable, je devrais peut-être en venir à mon sujet : le stéréotype et son taux de reproduction qui l'assimile aux meilleurs étalons des haras qui sentent l'incurie. Hormis le sérieux parfois aigri du teint buriné que vous me devinez, cher lecteur -et surtout -trice- fidèle, vous vous rendez déjà compte que le pire est à venir : ce qui est un rien normal lorsque l'on tourne le dos au passé et lorsque, comme moi, on a un faible pour les jeux de mots vaseux (paludoverboludisme : enfin, il paraît).

Le stéréotype est donc un invertébré particulièrement sineux qui vit sur les écrans cathodiques, sur le grand réseau mondial et dans les bistrots. Il se déplace en crabe ou, parfois, en écrevisse mais contrairement à ces deux crustacés, il n'en rougit pas, le traître. Les chercheurs en médiologie le qualifient de parasite, au grand dam du monde cathodique, politique et des corps constitués (aucune allusion érotique !) qui le percoivent comme une nourriture aussi commune qu'indispensable. Certains osent prétendre que le stéréotype connaît même un phénomène de transsubstantiation, qui l'amène à se diviniser dès sa migration du bistrot. Ce qui permet, en tout cas, de se poser la question de ses déplacements : ils sont impossibles à caractériser en termes d'avancée ou de recul, selon le processus décrit par le professeur Ubuskewitz sous le nom d'effet renoncule, ce qui prouve que je ne suis pas le seul à faire des jeux de mots vaseux.

Le stéréotye se nomme parfois cliché, préjugé ou poncif : il est caractéristique du mode de pensée mononeuronal et n'a pas d'affiliation politique connue. Il ne se dit pas : il s'assène. En général, le bon peuple (Que voulez-vous, ma brave dame, on ne trouve plus de bon pain mais qu'est-ce qu'on a comme bon peuple !) applaudit aux diseurs de stéréotypes qui prennent une large inspiration, purement respiratoire et rarement cérébrale, et se satisfait de la clarté de l'orateur qui ose se mettre à son niveau. Certaines mauvaises langues évoquent la démagogie, cet art du raccourci fulgurant qui transforme en écheveau social en chaude couverture ; le Professeur Ubuskewitz a, lui, évoqué un effet renoncule à double action, à partir d'expériences vigoureuses sur les ongulés.

Le stéréotype, auparavant cantonné aux médias commerciaux, s'est étendu à toutes les couches de la société et à tous les médias. Il traduit le passage d'une société de la synthèse à une société du résumé. Il aurait déjà été utilisé comme technique guerrière par les tribus jivaros mais notre maîtrise technologique nous a permis de nous passer des étapes purement mécaniques de la réduction de tête.

Mon Maître Alfred Jarry lui avait déjà consacré une ritournelle en son temps : cette chronique veut donc rendre hommage à ses talents de visionnaire.

6 commentaires:

Armand a dit…

Cher Ubu,
Les idées tout à fait neuves (inédites) ne sont pas légion. L'air du temps fait aussi que plusieurs personnes ont parfois les mêmes idées à peu près en même temps.
Cela se voit souvent dans le monde scientifique ou les mêmes idées font éclore des inventions semblables au même moment... ce qui fait vivre les avocats qui essaient de démontrer l'antériorité.
Je crois aussi que le stéréotype est à la philosophie ce que le manque d'imagination est dans la façon d'enseigner de certains profs... ;)
Sur cette petite égratignure (pour te réveiller car je t'aime trop pour être méchant avec toi),
Amitiés de ton vieux copain (bourré d'idées toutes faites)!

xian a dit…

ah ah ! pris au piège de l'argent facile !
de la pub pour un marchand de soupe sous couvert de philosophie tardigrade ...

Armand a dit…

Cher Xian,
Tardigrade: un édenté! Normal, vu nos âges respectifs!

Ubu a dit…

Cher Armand,
Les idées neuves sont toujours à inventer, ne fût-ce qu'en s'amusant avec les plus anciennes ;)
Sinon, je ne me suis pas senti visé : je manque d'imagination sur ce plan :)

Cher Xian,
Et tu ne me remercies même pas de te servir la soupe ? ;)

Cher Armand,
Seigneur ! Auriez-vous tous les deux une absence de dents contre moi ? :)

Amitiés.

Anonyme a dit…

UBU Roi , d actualité oui !!!
'W' an anglais double_U soit U tréma , Ü ...
et W. BUsh -> ÜBU, Roi des psychopathes, des arrivistes, des avides, Roi des USA et des territoires au-delà de la grande mer !

j'écris sur le site des pilotes de lignes américains qui cherchent la vérité et recensent les incohérences de la version d'état http://www.911weknow.com/forums/index.php?action=recent sous le pseudo Aladin.

les preuves de la manipulation par les autorités américaines du 11 sept 2001 sont légions ... amitié

al12ni@voila.fr

Ubu a dit…

Cher Aladin,

Je suis peu partisan de la théorie du complot, qu'il s'agisse du 11 septembre ou du goût du pain qui n'est plus ce qu'il était.

Que les démocraties peristent à manipuler l'information, c'est une évidence : les dictatures feront toujours de toutes façons pire en ce domaine, puisque le contrôle des médias peut laisser place au scepticisme, tandis que l'autre...

Je n'apprécie pas GW Bush, ce dont en gros il doit se foutre, pas plus que je n'apprécie aucun des régimes qu'il vise, pas plus que je n'apprécie les dictatures qui lui sont alliées. En fait, je n'apprécie aucun des belligérants et je suppose ne pas être le seul à ne vouloir m'embarquer dans aucune croisade, puisqu'aucun cas ne me paraît légitime dans ses actions.

J'ignore si je suis lucide, en l'occurence, mais je persiste à penser contre tous les stéréotypes, fussent-ils proches parfois de mes orientations ou de mes idées : à la limite, je m'en méfie encore davantage que de celles de mes adversaires.

Amitiés également, puisque je suppose que nous nous sommes déjà croisés ;)