dimanche, mars 18, 2007

Marche à l'ombre


Dans quelle aventure me suis-je encore égaré ?

Il me semble que la réalité pourrait s'arrêter quelques fois, par pure courtoisie, que la Terre pourrait cesser sa rotation lorsque j'ai envie de descendre et que le soleil devrait cesser de m'éclabousser de ses rayons, moi qui n'aime que les ombres crapoteuses en demi-teinte, alors que mon trentième rhume de l'année donne à mon appendice nasal ces belles teintes rubicondes qui me donnent une allure d'affranchi. Et l'actualité de galoper, de vétilles en broutilles, de faits insignifiants en morts tôt enterrés.

Un fondamentaliste édulcoré ne se fait pas accueillir par une boutique aux idées et l'on crie à la censure ou à la protection de la laïcité : paradoxe savoureux quand les corps constitués assistent encore au Te Deum royal, quand un moratoire sur la lapidation assied une pensée prétendûment propre à l'Europe. Il me semblait que la censure était l'entrave à la liberté d'expression et que le libre-examen permettait d'examiner toutes les opinions, y compris celles qu'un jugement nous permettait de qualifier de "connes" ou de déplacées. Et au fond, que représentent Tariq Ramadan, l'ULB, tel ou tel groupuscule qui s'érige en lobby ? Ils se prétendent tous tenants d'une position et garants d'une représentativité : à quel titre ? La démocratie des clercs aurait-elle cédé la place à celle des prétendants ? J'éprouve quelque difficulté à croire en un dialogue entre des représentants autoproclamés : même la diplomatie conventionnelle respecte d'autres usages, en dépit de ses compromissions. Enfin, ceci devait être un bizutage sans grand intérêt...

Le grenouillage des sondages indique qu'en fin de compte tout reste possible pour le second tour des élections présidentielles française, et nous nous prenons à considérer qu'en fait le premier tour ne s'est pas encore produit. De plus en plus, les médias transforment notre petite réalité quotidienne en spectacle virtuel : entre sarkolâtres, royalistes, bayroues de secours et autres buffets du pauvre, l'électeur français devrait se féliciter de voir autant de bonnes fées se pencher sur son berceau citoyen. Jusqu'à l'instauration d'un nouveau gouvernement qui précisera tout ce qui lui sera impossible de réaliser et expédiera à la corbeille les illusions perdues. La même remarque vaut pour les élections du 10 juin prochain : mais là, plus que les sondages, ce sont les candidats des partis qui sont particulièrement changeants. On n'ose imaginer l'embouteillage d'un éventuel Check Point Charlie en cas d'échanges de prisonniers politiques. Nous éprouvons des rêves de démocratie à notre dimension.

Au fond, la mort de Colette Brosset reste sans doute l'événement le plus important de ces dernières semaines : parce que les Branquignols d'aujourd'hui ne sont plus drôles, à force de se prendre au sérieux.

4 commentaires:

Armand a dit…

Cher Ubu,
Il faut parfois limiter les libertés au profit de la démocratie.
Peut-on laisser s'exprimer des négationistes de génocides (juifs, arméniens, tutsis...), des partisans de la suppression de la démocratie (qui censureraient la presse s'ils en avaient la possibilité)... au nom de la liberté d'expression?
Ne rien faire, c'est aider à remplacer une démocratie par la dictature du meilleur tribun, prôner des grands soirs, endoctriner (sectes), donner des informations de réalité fictionnelle... et tout ça, aux frais des contribuables: c'est scier la branche sur laquelle on est assis!
Je ne peux m'empêcher de penser à une ex-dictature à laquelle l'Occident prêtait de l'argent qui servait à financer ses guerres. :(
Amitiés.

Ubu a dit…

Bonjour Armand,

Je ne suis pas du tout certain qu'une limitation des libertés individuelles puisse garantir les démocraties : restreindre le principe que l'on défend au nom même de sa défense me semble la dérive la plus dangereuse. Par contre, les garanties légales (pas la politique cachée, qui n'est qu'une autre forme de l'abitraire régalien) que devrait fournir un Etat de droit, et non un Etat qui juridise à outrance, me paraissent indispensables, en effet. Idéalement, les lois devraient rester minimalistes et fixer un cadre : le reste devrait ressortir aux responsabilités personnelles. Mais comme beaucoup de citoyens ont peur de leur propre ombre, ils préfèrent une sécurité factice à une liberté qui prend des risques... Il est vrai que je suis libertaire sans aucune affiliation réelle : je n'engage que moi ;)

Dans le cas qui nous occupe, personne n'a été censuré : Ramadan a pu s'exprimer dans diverses tribunes mais pas à l'ULB, université privée subventionnée. Que le recteur se justifie face à ses étudiants, soit, mais de là à en faire un cas de société... C'est vraiment une tempête dans un verre d'eau ! Pas d'atteinte aux libertés : rien qu'un conflit d'opinions et un simulacre des responsabilités pour le parer d'une "noblesse" bien feinte.

De toutes façons, tu as raison sur le dernier point : ces querelles ne concernent que l'Etat de droit sur ses propres terres. Quand le pragmatisme diplomatique (autre nom de l'association de malfaiteurs ?) agit, elle se soucie peu de ses lois. Et il manque pas mal d'inculpés du côté de l'Irak...

Amitiés ;)

Armand a dit…

Cher Ubu,
Je crains que nous ne pensions pas la même chose sur le sujet, mais c'est probablement parce que je suis plus vieux que toi et connais donc mieux les résultats des désinformations du fait d'extrémistes.
Les enseignants vivent souvent dans leur bulle... ;)
Ce n'est pas une critique: mieux vaut être idéaliste qu'immoral.
Amitiés
Tu me sembles bien seul sur ton grand blog!

Ubu a dit…

Cher Armand,

Ne t'inquiète pas pour nos désaccords : de toutes façons, nous n'apprécions ni l'un ni l'autre les extrémistes, fût-ce de manière différente ;)
Sinon, je suis un enseignant sans bulle : il n'y en avait plus à ma taille et en commander une "sur mesure" me coûterait une fortune :))
Par contre, mon blog me sert dîle déserte : j'y paresse au soleil virtuel et j'y salue les amis de passage ;)

Amitiés ;)