mardi, août 21, 2007

Le résumé

Les vacances commencent à s'estomper et l'insulaire libre que je prétends essayer de rester lorsque je me déconnecte de toute réalité va devoir bientôt revenir à l'assaut de tout ce qui l'exaspère.

Frère lecteur, tu peux considérer que j'ai mauvais caractère : c'est une caractéristique qui m'est communément reprochée, tout comme une certaine assimilation aux plantigrades en mal d'hibernation ou d'estivation, c'est selon. Cette dernière comparaison m'inquiète d'ailleurs, puisque les ours semblent être dans la ligne de mire du crétin viandard (pléonasme !) dont la vue a trop baissé pour encore dégommer la tourterelle.

Mais tout ceci n'explique pas l'illustration de Giger qui trône au-dessus de cet article. Ceci ne surprendra pas mes fidèles lecteurs qui, avec le temps, se sont habitués à mes fulgurantes digressions en un style abscons qui n'est pas sans rappeler le pilier de cabaret qui se prend pour la tour de Pise ou la logorrhée de l'ivrogne en pleine extase éthylique. Il me faut pourtant les rassurer, ainsi que celui qui au gré de la recherche d'un article intelligent aurait eu la malchance de tomber sur ce blog : je suis toujours autant moi-même, c'est-à-dire n'importe qui.

J'ignore s'il me sera encore possible de le rester dans notre époque qui se glorifie des étiquettes. C'est un peu comme si notre univers, appréhendé par les médias davantage que par le contact réel et profond, se glorifiait de ses résumés d'individu. Déjà, en leur temps, les théories d'organisation scientifique du travail glorifiaient l'homme-outil et rejoignaient les doctrines totalitaires dans leur utopie cauchemardesque d'un homme parfait. Et le glissement se faisait ainsi du travail, service collectif organisé selon le fordisme, le taylorisme ou encore le toyotisme, à la vie privée, soumise aux ordres d'un pouvoir central.

L'assentiment de la majorité était acquis - il faudrait d'ailleurs une autre chronique pour expliquer à quel point l'association d'individus d'intelligence moyenne engendre une majorité conne comme ses pieds - sans gros problème, au nom d'un prétendu bonheur collectif. Ne manquait qu'un consentement explicite et exemplaire ainsi que des victimes expiatoires qui donnent à leur sacrifice des allures de dévouements, tant elles collent au cynisme dévoyé d'une époque qui balance entre la mièvrerie apitoyée et l'admiration de la force, pour autant que cette dernière soit cantonnée au divertissement d'une émission de télé-réalité quelconque.

Ainsi, les ménagères de moins de cinquante ans ou les panels médiatiques se donnent une illusion d'activité alors qu'ils ne sont que fonctionnels. Ainsi, les manipulateurs à la petite semaine exhalent leurs attitudes nauséabondes en se prétendant les maîtres du jeu alors qu'ils ne sont que les dupes d'un miroir aux alouettes. Ainsi, le monde médiatique met-il en scène un univers factice, rassurant, tout en jouant sur un sentiment de peur sans cesse ressassé. Et le cours du téléspectateur de se voir canalisé entre divertissements glauques et faits divers tragiques : de déformation en déformation, nous en sommes parvenus à l'abrutissement de celui qui croit savoir parce qu'il confond le reflet lumineux de sa lucarne et la réalité contradictoire, nuancée de zones d'ombre.

Un résumé dénature toujours le texte dont il s'inspire : il ne peut en traduire la substance car il vise à la rapidité par la schématisation. Ceci explique d'ailleurs qu'il soit impossible de réellement résumer une oeuvre littéraire, à moins de dire plaisamment comme Woody Allen que Guerre et paix, ça parle de la Russie. Pourtant, notre époque prétend nous résumer, sous diverses étiquettes, et refuse notre complexité de même que la complexité de nos associations : elle prétend nous modeler selon ce dont elle éprouve le besoin. Et nous qui pensions vivre en un temps civilisé, nous cédons à cet asservissement de nos peurs, de nos haines, de nos angoisses, que nous espérons voir aseptisées parce que des professionnels de l'imposture nous les expriment de manière confortable.

Je rêverais presque d'être fou.

3 commentaires:

rayray a dit…

"les manipulateurs à la petites semaines"
Au fait monseigneur UBU, vous êtes prof de quoi au juste ? De littérature ???
Vous trouverez plein de fautes si vous vous égarez malencontreusement et arrivez sur mon bloug mais moi, je suis prof de rien :--()

Ubu a dit…

Cher Rayray,

En général, mon orthographe est correcte mais j'ai une sainte horreur de me relire et je me laisse aller à la paresse commune des correcteurs automatiques.
La faute est donc corrigée ;))
Sinon, prof de français je suis, mais en vacances pour le moment ;))

A bientôt

rayray a dit…

...et moi j'adore trouver des fautes chez les prof de français hahahah
Bonne continuation de vacances.