mardi, février 05, 2008

Les chants improbables

Je ne vais pas vous seriner les chants du retour à chaque fois que mes absences excèdent ce que la décence, normalement, devrait me permettre : la vie réelle est fréquemment prégnante.

Simplement, pour le lecteur occasionnel, qu'il soit bruxellois ou apparenté, même si nous savons tous que cette notion même ne cesse d'être litigieuse depuis qu'un certain coq de village a brigué, sans succès, le poste suprême de notre tout petit pays, pour le lecteur intéressé, disais-je donc avant de m'interrompre grossièrement selon une mauvaise habitude qui me fait me perdre dans les circonvolutions d'un monologue dont j'assume l'irresponsabilité, pour le lecteur avide de partager un univers graphique, soliloquais-je déjà plus haut, une exposition des dernières oeuvres de Remy Van den Abeele se tient à la Galerie Albert Premier, tout près de l'église de la Madeleine.

Je ne rappellerai pas les liens familiaux qui m'unissent à cet artiste : ce n'est sans doute pas la seule raison qui me fasse prendre la défense de cet artiste mésestimé par certains critiques idiots, ce qui relève sans doute du pléonasme. Certes, toutes les toiles ne se valent pas ; certaines, médiocres, sont d'ailleurs en trop bonne place dans cette exposition. Mais les rêveries improbables au gré d'un objet, d'un mannequin ou d'un dos entrevu excusent nombre de faiblesses.

J'éprouverai toujours plus d'indulgence pour celui qui se plante en créant : son audace dépassera toujours le verbiage infantile des commentateurs qui vous expliquent, ressources prétendument esthétiques à l'appui, qu'en fait ils apprécient ou pas ce que vous parvenez encore à ressentir. Mais le marché de l'art ne peut se construire sur des sentiments : il doit, comme toute activité économique, se fonder sur une rationalité factice, sur des semblants de professionnalisme.

J'avoue toujours éprouver des difficultés à expliquer la nuance entre l'art et l'opération mercatique : les mêmes techniques, les mêmes supports nous engagent sur d'autres chemins. Si certains préfèrent le formatage du calendrier des postes ou la prétention des installations nombrilistes, je les leur abandonne volontiers. Si j'aime parfois connaître les dessous techniques d'une oeuvre, c'est parce qu'elle m'a déjà touché intuitivement : les explications de procédure me semblent peu enclines à sauver du désastre ou de l'insignifiance ce qui ne relève que de l'opération de communication, au pire sens du terme.

Nous cherchons sans cesse des valeurs sans oser nous laisser aller aux rencontres de hasard : quand, lassés par les bruits incessants des médias, nous nous réfugions vers le patrimoine institutionnel, nous abandonnons nos émotions à d'autres maîtres et nous avouons notre incapacité à ressentir par nous-mêmes. Nous prétendons nous rassurer sur nos goûts par de pompeux discours ou le conformisme des modes : c'est chaque fois notre intimité qui se retrouve violée.

Nos espoirs, nos coups d'oeil, nos sensations ne peuvent s'exprimer qu'en liberté : allons nous admirer en train de regarder ce qui peut enfin nous émouvoir.

6 commentaires:

Armand a dit…

Cher Ubu,
Depuis quand choisis-tu tes amies parmi les lectrices du "Wall Street Journal"?
Amitiés tenaces!

Ubu a dit…

Cher Armand,

Dans certaines (absences de) tenues, j'apprécierais même des lectrices du Figaro ;))) Tout dépend de la lectrice ;)))

Amitiés.

Anonyme a dit…

Cher Ubu,
Pour l'esthétique, je préférerais "admirer" Rachida Dati nue à Van Cau habillé... Mais c'est une question de goût personnel, évidemment!
Armand

Henri a dit…

alleie un bonjour une fois

Henri a dit…

ps jusse pour Armand ... ça est pas le wollstrît hein fieu, cà est la dépêche tsé, un vrai journal avec des vrées zinfos.

zelda a dit…

contente de te revoir cher ubu . je suis lectrice mais je regarde que les images ,